Victimes du coup d’état de 1851

Une source peu connue

#LeMoisGeneatech – du 1er au 7 février : Présentez une source peu ou pas connue. Vous avez probablement utilisé un jour dans vos recherches généalogiques une source plus originale que les habituels registres – paroissiaux ou d’état civil – , les actes notariés ou les registres matricules ? Avez vous plongé dans les archives judiciaires, les archives commerciales, les archives de la police ou des hôpitaux? Et les archives du monde du travail, les archives des écoles, les transmissions orales de souvenirs, les monographies communales, les sociétés savantes ? Et tant d’autres … Racontez nous comment vous avez utilisé cette ressource moins habituelle et partagez votre expérience.

Après une recherche simple sur Gallica, j’ai trouvé le nom de mon ancêtre André MONIS sur une liste de pensionnés. En creusant un peu plus, j’ai compris que la pension lui avait été accordée car il était une victime du coup d’état de 1851. J’ai ensuite trouvé un autre de mes ancêtres, François FERLUS, ainsi que son grand frère Guillaume sur cette même liste. Suite à une demande d’aide sur le groupe « Hérault Généalogie », j’ai découvert le site http://poursuivis-decembre-1851.fr/, une source encore inconnue pour moi. Il s’agit de la base Tristan indexée par le GAMT. J’espère que cet article la fera découvrir à d’autres généalogistes.

Un peu d’histoire

Je ne vais pas ici paraphraser les livres d’histoire mais voilà quelques mots pour situer mes recherches.
Le 2 décembre 1851 a eu lieu le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte qui deviendra plus tard Napoléon III. Dans toute la France, des républicains, démocrates socialistes s’insurgent. L’armée réprime sévèrement cette insurrection et des milliers de français sont arrêtés. Début février 1852, des commissions mixtes sont créées (un préfet + un général + un magistrat). Les insurgés risquent la prison, la surveillance ainsi que la transportation en Algérie ou à Cayenne mais aussi la peine de mort. Dans l’Hérault, 3023 personnes sont arrêtées, dont 1564 sont condamnés à l’Algérie, deux seront décapitées.
Dès mars, certaines décisions sont révisées et bon nombre de républicains sont grâciés ou ont une peine plus clémente. Entre mars et mai 1852, les condamnés à la transportation sont emmenés en Algérie.
En 1881, une loi exige l’indemnisation des victimes. La victime elle-même peut bénéficier d’une pension mais aussi sa veuve non remariée ou ses ascendants/descendants au premier degré. Les pensions sont viagères et peuvent aller de 100 à 1200 Fr. par an. Dans l’Hérault, il y aura 2067 bénéficiaires. Pour en savoir plus, je vous recommande la lecture de l’historique de la répression.

BEZIERS : Monument de Casimir Peret et Victimes de 1851 (1911)

Mes ancêtres à Béziers

Je ne connais pas encore tous les détails mais j’ai réussi à avoir des informations sur deux de mes sosas et un de mes collatéraux. Il faudra bien-sûr que je continue mes recherches et que j’accède à leurs dossiers individuels pour en savoir plus.

André MONIS (1817-1887), fermier et fournier (boulanger), marié à Alexandrine PUEL en 1839. Il a deux fils et une fille née en 1849, Marie (ma sosa). André a été jugé pour les motifs suivants: « Très exalté. Insurrection. Bandes armées. Attaque de la sous préfecture de Béziers. Société secrète ». (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné à la transportation en Algérie (Algérie plus – de qui signifie qu’il ne peut pas choisir la localité et qu’il sera incarcéré là-bas). Il est grâcié le 2/3/1853 (remise de peine) et rentre à Béziers.
Déclaré victime du coup d’état, il reçoit une pension de 900 Fr./an puis sa veuve reçoit 450 Fr.
(attention à l’orthographe: MONIS, MOUNIS, MONNIS ou MOUIS)

François FERLUS (1828-1879), jardiner et marchand de fruits, marié à Anne SALASC. Au moment de l’insurrection, il avait un fils François né en octobre et qui avait donc deux mois quand son père a été arrêté. Son deuxième fils (Etienne, mon sosa) ne naitra qu’en 1854. François a été jugé pour les charges suivantes: « A pris part à l’insurrection, Affilié » (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné la transportation en Algérie (Algérie moins = ce qui signifie qu’il pourra vivre où il voudra). Il sera grâcié le 3/4/1852 et sa peine sera commuée en « surveillance » (il devra pointer à la gendarmerie tous les 15 jours).
A partir de 1881, il reçoit une pension de 300 Fr.

Guillaume FERLUS (1826-1898), tonnelier, est le grand frère de François. Il est marié à Alexandrine SINQ et père d’un garçon. C’est sans doute lui qui a été le plus en colère contre ce coup d’état. Voici ce qui est relevé par la commission mixte : « Très exalté (Blessé). Insurrection. Bandes armées. Société secrète. Moralité douteuse ». (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné à la transportation en Algérie (Algérie moins) mais il est grâcié (grâce entière) le 26/6/1852. En 1861, je le retrouve dans le recensement de Béziers, où il est dit « amputé d’une jambe ». Je me demande s’il s’agit ici de la blessure dont on parle devant la commission mixte. Est-ce parce qu’il était blessé qu’il a été libéré?
Déclaré victime en 1881, il reçoit une pension de 1200 Fr. (le maximum). A la mort de sa veuve, les deux enfants survivants auront droit à 300 Fr chacun.

Recherches à venir

Pour poursuivre mes recherches, je dois me rendre aux Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine). J’ai relevé les côtes suivantes: André MONIS: Archives nationales F/7/*/2593 + Dossiers de grâce : BB/22/163 + dossier de pension numéro 462.
François FERLUS: Archives nationales F/7/*/2590 + Dossier de pension: F/15/4036.
Guillaume FERLUS: Archives nationales F/7/*/2590 + Dossier de pension: F/15/4186.
Mais j’aimerais aussi aller consulter « Décisions de la commission supérieure de l’Hérault » au SHD, 7 J 72. Les membres du groupe facebook m’ont également conseillé d’aller aux AD34 pour y chercher des dossiers individuels. Voilà un beau programme!

Sources

  • Collectif Hérault 1851-2001, Les victimes du coup d’état de 1851 de l’Hérault, listes des inculpés devant la commission mixte de 1852. Dossier numéro 1. Montpellier, 2005.
  • Coup d’état du 2 décembre 1851. La république des Avant-Mons, Mémoires d’une communauté © Les Arts Vailhan. POP Communauté 07.
  • Etudes héraultaises, Les victimes du coup du 2 décembre 1851 dans l’Hérault.
  • Base Tristan avec la liste de toutes les victimes indexées. Recherche par nom, par ville, par lieu de naissance, par profession, etc.
  • Carte postale du monument pour les victimes de 1851 à Béziers: Delcampe.
  • Un article de Midi Libre ici

Une réflexion au sujet de « Victimes du coup d’état de 1851 »

  • 16/02/2021 à 21h45
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    Je n’avais vraiment pas du tout une vue précise de ces évènements, merci pour ce partage très intéressant.

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