Victimes du coup d’état de 1851

Victimes du coup d’état de 1851

Une source peu connue

#LeMoisGeneatech – du 1er au 7 février : Présentez une source peu ou pas connue. Vous avez probablement utilisé un jour dans vos recherches généalogiques une source plus originale que les habituels registres – paroissiaux ou d’état civil – , les actes notariés ou les registres matricules ? Avez vous plongé dans les archives judiciaires, les archives commerciales, les archives de la police ou des hôpitaux? Et les archives du monde du travail, les archives des écoles, les transmissions orales de souvenirs, les monographies communales, les sociétés savantes ? Et tant d’autres … Racontez nous comment vous avez utilisé cette ressource moins habituelle et partagez votre expérience.

Après une recherche simple sur Gallica, j’ai trouvé le nom de mon ancêtre André MONIS sur une liste de pensionnés. En creusant un peu plus, j’ai compris que la pension lui avait été accordée car il était une victime du coup d’état de 1851. J’ai ensuite trouvé un autre de mes ancêtres, François FERLUS, ainsi que son grand frère Guillaume sur cette même liste. Suite à une demande d’aide sur le groupe « Hérault Généalogie », j’ai découvert le site http://poursuivis-decembre-1851.fr/, une source encore inconnue pour moi. Il s’agit de la base Tristan indexée par le GAMT. J’espère que cet article la fera découvrir à d’autres généalogistes.

Un peu d’histoire

Je ne vais pas ici paraphraser les livres d’histoire mais voilà quelques mots pour situer mes recherches.
Le 2 décembre 1851 a eu lieu le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte qui deviendra plus tard Napoléon III. Dans toute la France, des républicains, démocrates socialistes s’insurgent. L’armée réprime sévèrement cette insurrection et des milliers de français sont arrêtés. Début février 1852, des commissions mixtes sont créées (un préfet + un général + un magistrat). Les insurgés risquent la prison, la surveillance ainsi que la transportation en Algérie ou à Cayenne mais aussi la peine de mort. Dans l’Hérault, 3023 personnes sont arrêtées, dont 1564 sont condamnés à l’Algérie, deux seront décapitées.
Dès mars, certaines décisions sont révisées et bon nombre de républicains sont grâciés ou ont une peine plus clémente. Entre mars et mai 1852, les condamnés à la transportation sont emmenés en Algérie.
En 1881, une loi exige l’indemnisation des victimes. La victime elle-même peut bénéficier d’une pension mais aussi sa veuve non remariée ou ses ascendants/descendants au premier degré. Les pensions sont viagères et peuvent aller de 100 à 1200 Fr. par an. Dans l’Hérault, il y aura 2067 bénéficiaires. Pour en savoir plus, je vous recommande la lecture de l’historique de la répression.

BEZIERS : Monument de Casimir Peret et Victimes de 1851 (1911)

Mes ancêtres à Béziers

Je ne connais pas encore tous les détails mais j’ai réussi à avoir des informations sur deux de mes sosas et un de mes collatéraux. Il faudra bien-sûr que je continue mes recherches et que j’accède à leurs dossiers individuels pour en savoir plus.

André MONIS (1817-1887), fermier et fournier (boulanger), marié à Alexandrine PUEL en 1839. Il a deux fils et une fille née en 1849, Marie (ma sosa). André a été jugé pour les motifs suivants: « Très exalté. Insurrection. Bandes armées. Attaque de la sous préfecture de Béziers. Société secrète ». (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné à la transportation en Algérie (Algérie plus – de qui signifie qu’il ne peut pas choisir la localité et qu’il sera incarcéré là-bas). Il est grâcié le 2/3/1853 (remise de peine) et rentre à Béziers.
Déclaré victime du coup d’état, il reçoit une pension de 900 Fr./an puis sa veuve reçoit 450 Fr.
(attention à l’orthographe: MONIS, MOUNIS, MONNIS ou MOUIS)

François FERLUS (1828-1879), jardiner et marchand de fruits, marié à Anne SALASC. Au moment de l’insurrection, il avait un fils François né en octobre et qui avait donc deux mois quand son père a été arrêté. Son deuxième fils (Etienne, mon sosa) ne naitra qu’en 1854. François a été jugé pour les charges suivantes: « A pris part à l’insurrection, Affilié » (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné la transportation en Algérie (Algérie moins = ce qui signifie qu’il pourra vivre où il voudra). Il sera grâcié le 3/4/1852 et sa peine sera commuée en « surveillance » (il devra pointer à la gendarmerie tous les 15 jours).
A partir de 1881, il reçoit une pension de 300 Fr.

Guillaume FERLUS (1826-1898), tonnelier, est le grand frère de François. Il est marié à Alexandrine SINQ et père d’un garçon. C’est sans doute lui qui a été le plus en colère contre ce coup d’état. Voici ce qui est relevé par la commission mixte : « Très exalté (Blessé). Insurrection. Bandes armées. Société secrète. Moralité douteuse ». (Décisions de la commission supérieure de l’Hérault). Il est condamné à la transportation en Algérie (Algérie moins) mais il est grâcié (grâce entière) le 26/6/1852. En 1861, je le retrouve dans le recensement de Béziers, où il est dit « amputé d’une jambe ». Je me demande s’il s’agit ici de la blessure dont on parle devant la commission mixte. Est-ce parce qu’il était blessé qu’il a été libéré?
Déclaré victime en 1881, il reçoit une pension de 1200 Fr. (le maximum). A la mort de sa veuve, les deux enfants survivants auront droit à 300 Fr chacun.

Recherches à venir

Pour poursuivre mes recherches, je dois me rendre aux Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine). J’ai relevé les côtes suivantes: André MONIS: Archives nationales F/7/*/2593 + Dossiers de grâce : BB/22/163 + dossier de pension numéro 462.
François FERLUS: Archives nationales F/7/*/2590 + Dossier de pension: F/15/4036.
Guillaume FERLUS: Archives nationales F/7/*/2590 + Dossier de pension: F/15/4186.
Mais j’aimerais aussi aller consulter « Décisions de la commission supérieure de l’Hérault » au SHD, 7 J 72. Les membres du groupe facebook m’ont également conseillé d’aller aux AD34 pour y chercher des dossiers individuels. Voilà un beau programme!

Sources

  • Collectif Hérault 1851-2001, Les victimes du coup d’état de 1851 de l’Hérault, listes des inculpés devant la commission mixte de 1852. Dossier numéro 1. Montpellier, 2005.
  • Coup d’état du 2 décembre 1851. La république des Avant-Mons, Mémoires d’une communauté © Les Arts Vailhan. POP Communauté 07.
  • Etudes héraultaises, Les victimes du coup du 2 décembre 1851 dans l’Hérault.
  • Base Tristan avec la liste de toutes les victimes indexées. Recherche par nom, par ville, par lieu de naissance, par profession, etc.
  • Carte postale du monument pour les victimes de 1851 à Béziers: Delcampe.
  • Un article de Midi Libre ici

La famille FERLUS fait un gros emprunt en 1909

Je viens de recevoir un document notarié qui décrit un gros emprunt de la famille FERLUS le 15 mars 1909.

François FERLUS et Noëlie CASTEL son épouse, François FERLUS (neveu du premier) et Jeanne COLOMBIER son épouse, Marie VIDAL veuve Etienne FERLUS (mère du second) empruntent 13.000 Francs à monsieur COMBAS (au taux de 5%) et pour cela hypothèquent plusieurs propriétés:

  • une maison au 9 rue du chapeau Rouge
  • une maison au 10 rue des soeurs grises
  • une maison au 19 rue Paul Riquet
  • une maison au 7 rue des soeurs grises
  • une vigne 37 ares 10 centiares à Béziers
  • une maison au 1 rue des tisserands et 5 rue des soeurs grises (usufruit Marie VIDAL, propriétaire François FERLUS épouse COLOMBIER)
  • et une maison au 19 rue Ermengaud (Marie VIDAL)
  • Le salaire moyen est de 3 à 5 francs par jour. François FERLUS (COLOMBIER) a, par exemple, acheté un « sol à bâtir de 63 m2 » à Valras-le-Plage un an auparavant pour 378 Francs.

François (représentant de commerce) et Noëlie n’ont pas d’enfant, François (employé de commerce) et Jeanne ont pour l’instant la petite Anne. Marie VIDAL (marchande de salaisons), veuve, vit avec son fils.

Pourquoi un tel emprunt, tous ensembles, à cette date?

 

Né au mois de février, il y a 170 ans: Pierre COLOMBIER (1848-1916)

Né au mois de février, il y a 170 ans: Pierre COLOMBIER (1848-1916)

Pierre COLOMBIER (époux de Marie MONIS) est le grand-père maternel de ma grand-mère Jeanne, soit mon sosa 30.

Les COLOMBIER sont originaires de Lunel et ce depuis au moins la fin de XVIIe siècle où je remonte à un Guillaume COLOMBIER marié à une Elisabeth FABRE. Pierre (sosa 30) est le quatrième « Pierre » de la lignée : Guillaume (sosa 480) –>Pierre (240) –>Pierre (120) –>Pierre (60) –>Pierre (30) –>Jeanne (15) –> Jeanne (7) ma grand-mère!

C’est à cause de cela que j’emploie ici les numéros « sosa » spécifiques à la généalogie et qui permettent de situer un ancêtre.

Lunel se situe entre Montpellier et Nîmes. La plaine de la « petite Camargue » permet l’élevage des taureaux noirs et des chevaux blancs de la race Camargue des manadiers. La plaine littorale et les coteaux se prêtent à la vigne. Les COLOMBIER sont d’ailleurs tonnelier de père en fils depuis des générations.

A la naissance de Pierre, il y a environ 6700 habitants à Lunel. Dans la région, c’est une ville importante pour le commerce.

Les parents de Pierre sont donc Lunellois tous les deux. Ses grands-parents paternels, Pierre COLOMBIER et Elisabeth BERNARD ainsi que ses grands-parents maternels Maurice VACHE et Catherine VEDEL vivent à Lunel. Pierre ne connaitra pas grand-père Maurice, décédé 12 ans avant sa naissance et seulement très peu grand-Mère Catherine qui décède lorsque Pierre a deux ans. Mais il aura la chance de grandir avec ses grands-parents paternels jusqu’à l’âge adulte (entre 30 et 37 ans).

Son père Pierre (60) a plusieurs frères et sœurs (4 frères dont deux morts en bas âge, et deux sœurs). D’après les recensements, cette fratrie et leurs parents ont vécu longtemps tous ensemble.

Sa mère Antoinette VACHE a au moins un frère Jean Maurice qui vit aussi à Lunel (en 1851, il est même recensé chez sa sœur et son beau-frère).

Pierre (30) est le premier enfant du couple Pierre/Antoinette. Il nait 18 mois après le mariage de ses parents.

 
acte de naissance de Pierre
 

Viennent ensuite Maurice Auguste en 1851 et Adelaïde en 1856.

La mère de Pierre, Antoinette, meurt en 1869 à Béziers alors qu’elle n’a qu’environ 45 ans. En 1856, toute la famille habite encore à Lunel. Quand ont-ils déménagé à Béziers et pourquoi ? Il est fort probable que Pierre (le père) ait eu des relations commerciales avec des biterrois.

En 1868, Pierre doit faire son service militaire. Il est alors tonnelier et domicilié à Béziers. Pierre sera soldat de la Garde Nationale Mobile (c’est encore Napoléon III qui est au pouvoir) et fera la guerre franco-prussienne de 1870-71. On découvre son apparence décrite sur le registre matricule : cheveux et sourcils châtains foncés, yeux châtains, front découvert, nez petit, bouche moyenne, menton a fossette et visage ovale. Pas de marque particulière.

registre matricule
Sa femme Marie (Thérèse) MONIS:

Marie a un an de moins que Pierre. Ses parents sont André MONIS et Alexandrine PUEL, tous deux biterrois. Son grand-père paternel a été soldat de Napoléon Ier et a reçu la médaille Sainte-Hélène. Marie a un oncle paternel ainsi que deux frères ainés, tous deux tonneliers. La famille MONIS habite déjà rue d’En-Vedel, au coin de la rue Française (future librairie Ferlus).

Le mariage : il est facile de deviner comment Pierre et Marie se sont connus. Leur famille respective travaille dans le monde du vin et en particulier celui du tonneau de vin.

le métier de tonnelier au début du XXe siècle

Le mariage a lieu à Béziers le 25 octobre 1872. Les parents de Marie sont présents ainsi que le père de Pierre (sa mère est morte 3 ans auparavant). Les époux ne signeront pas de contrat de mariage. Leurs témoins ne font pas partie de leur fratrie, ce sont sûrement des amis (ils ont le même âge) : un peintre, un tonnelier et un plâtrier.

signatures au bas de l’acte de mariage

Le couple s’installe au 3 avenue de la gare à Béziers. En 1873 nait leur premier enfant, Louise, puis en 1875 Pierre, en 1878 Jeanne, mon aïeule, et en 1884 Louis. Tous les quatre grandiront et se marieront. Pierre et Louis seront tonnelier comme leur père et leur grand-père avant eux. Louise épousera un instituteur public et Jeanne un libraire.

En 1906, Pierre et Marie ainsi que leurs 4 enfants adultes (plus les gendres et les belles-filles) habitent à Béziers : Louise et Alfred GAYRAUD dans le quartier des poètes (rue du Midi), Pierre et Marie BESOMBES dans le quartier de la citadelle (rue du fer à cheval), Jeanne et François FERLUS dans le quartier de la Madeleine (rue Paul Riquet) et enfin, le fils le plus jeune Louis et sa femme Jeanne FAU, hébergés chez le couple Pierre COLOMBIER et Marie MONIS, dans le quartier de poètes (rue de l’hirondelle).

 

La fratrie COLOMBIER (+ Jeanne FAU)

Pierre (30) décède le 15 octobre 1916 à Béziers, rue des sœurs grises (maison de la famille SALASC et FERLUS). A la fin de sa vie, il était aveugle et portait des lunettes bleues. Il aura eu la chance de connaître la plupart de ses petits-enfants (sauf France FERLUS, née en 1917 et Robert COLOMBIER né en 1920). Il avait 68 ans.

 

Née au mois de janvier il y a 158 ans: Marie VIDAL (1860-1948)

Marie VIDAL (épouse FERLUS) était la grand-mère paternelle de ma grand-mère Jeanne.  Elle est née à Béziers mais ses parents étaient tous les deux originaires du Tarn qui devient donc un nouveau département de recherches pour moi.

Contexte historique

Marie VIDAL a vécu pendant la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Elle aura vécu la guerre franco-prussienne en 1870/71 lorsqu’elle était enfant ainsi que la chute de l’Empire, l’industrialisation de la France, en particulier le développement économique de la ville de Béziers mais aussi les deux guerres mondiales.

Ascendance et fratrie

Les parents de Marie sont originaires du Tarn. Son père, Jacques VIDAL, est né le 3 avril 1823 au Vintrou, un tout petit village de 400 habitants (aujourd’hui, il en reste à peine 80), non loin de Mazamet. La famille VIDAL est propriétaire au Mariech, un hameau du Vintrou.

Sa mère, Jeanne ALBERT, est née le 16 décembre 1832 à Castelnau-de-Brassac, un village de 4500 habitants (800 aujourd’hui). Elle est la fille d’un tisserand. Les deux villages sont éloignés de 20 km l’un de l’autre mais c’est une région montagneuse (Monts de Lacaune). A pied, on mettait près de 4h30 pour aller de l’un à l’autre. 

 
 
 
 

Jacques et Jeanne se marient à Béziers. Je ne sais pas s’il se sont rencontrés dans le Tarn et sont partis ensemble pour Béziers ou s’ils sont venus s’installer à Béziers chacun de leur côté et qu’ils se sont rencontrés dans un groupe de Tarnais exilés à Béziers. Ce genre de groupe régional était fréquent à cette époque.

C’est donc à Béziers (à 90 km de leur village de naissance) que Jacques et Marie s’unissent le premier mars 1854. La mère de Jacques est décédée en 1841 mais son père fait le déplacement et assiste au mariage de son fils. Les parents de Jeanne ne sont pas présents. Jeanne présente leur consentement écrit, signé devant notaire. Jacques est alors scieur de long, Jeanne est sans profession. Que faisait-elle donc seule à Béziers?

Un an après leur mariage né un premier enfant Jacques qui décède 2 ans plus tard.

 
 
 

Naissance et enfance de Marie

Trois ans plus tard, le 24 janvier 1860 nait Marie VIDAL, le deuxième enfant du couple. Son père a 37 ans, sa mère 28. Alors que la famille vivait encore au 23 place du cirque trois ans auparavant, elle habite à cette date au faubourg du pont, route Impériale, maison Gayet. Certainement sur l’actuelle D612B, avenue Henri Galinier.

 
 
 

Marie est fille unique. Il semblerait qu’elle n’aille pas à l’école dans son enfance. Lorsqu’elle a 11 ans, son père décède (il avait 48 ans). Il meurt à son domicile (14 rue Cordier). Etait-il malade ou s’était-il blessé en pratiquant son métier ? Jeanne se retrouve veuve à 39 ans. Elle ne remariera pas. Marie grandit donc uniquement avec sa mère.

Son mari Etienne FERLUS

Etienne est le deuxième fils de François Noël FERLUS (voir ici). Il a 6 ans de plus que Marie. Il est fruitier. Son père était « jardinier » donc marchand de fruits et légumes. Je pense que « fruitier » est en fait le même métier et qu’il a dû l’apprendre avec son père. Son grand frère François est « représentant de commerce ». C’est donc toute une famille de commerçants. Marie a surement rencontré Etienne aux Halles de Béziers car ils y travaillaient tous les deux. Lui, vendeur de fruits et elle vendeuse de volailles et lapins.

Le mariage

A sa naissance, Etienne se nomme FARLUS. Depuis quelques générations, il y a, sur certains actes d’état civil, une faute dans l’orthographe du nom de famille. Ceci est surement dû à la prononciation du nom dans le sud. Etienne ne fera rectifier son nom par le tribunal d’instance de Béziers qu’en 1895. Le nom du couple est donc officiellement FARLUS au moment de leur mariage.

Marie VIDAL et Etienne FARLUS/FERLUS se marient le 19 avril 1879. Marie a 19 ans. Les parents d’Etienne sont présents tous les deux (François Noël assiste de justesse au mariage de son fils, il décède 3 mois plus tard) ainsi la mère de Marie (veuve depuis des années). Les fiancés habitent chacun chez leurs parents respectifs. Marie et Etienne ne passent pas de contrat de mariage devant notaire. Les témoins sont Victor BAUDRAN, carrier, 28 ans ; Isidore BENNES, serrurier, 31 ans ; François GUINOT, plâtrier, 26 ans et Jean PLANES, plâtrier, 29 ans. Les quatre témoins signent l’acte de mariage avec Etienne et l’officier d’état civil. Les parents et Marie elle-même ne signent pas. Il semblerait donc que Marie ne sache pas écrire, mais je pense qu’elle sait compter : elle est marchande !

Vie commune

Neuf mois et demi plus tard, Marie accouche d’un garçon qui se prénomme François dans la plus pure tradition familiale. Malheureusement, son mari Etienne meurt alors que le petit François a à peine 18 mois. Marie se retrouve veuve à 21 ans avec un bébé.

Vie de mère et grand-mère

En 1883, soit 2 ans plus tard, un nouveau malheur s’abat sur Marie. Sa mère, Jeanne ALBERT, meurt à 51 ans. Elle s’installe alors avec Annote, sa belle-mère, elle-même veuve de François Noël, au 10 rue des sœurs grises (rue Saint Félix). Je pense que François, son beau-frère, vécut à cette même adresse avec sa femme Noëlie pendant quelques années car c’est le domicile indiqué à son décès en 1917.

Annote décède en 1901 à 70 ans. Un an plus tard, François, le fils de Marie, épouse Jeanne COLOMBIER. 

François Ferlus et Jeanne Colombier au début du XXe siècle
 
 
 
 

Marie peut à présent profiter de ses petits-enfants qui naissent entre 1906 et 1917 : Anne, Jeanne, Etienne et France. Marie habite chez son fils et sa belle-fille au 19 rue Paul Riquet. Elle est « marchande de salaisons » (son propre patron). La famille vit ensuite au 9 rue du chapeau rouge. Malheureusement, une de ses petites-filles (France) et son fils François meurent à 2 mois d’intervalles de la grippe espagnole en 1918. Le sort s’abat sur cette famille. Marie aide alors Jeanne COLOMBIER à élever ses trois enfants dans la maison au 4 rue d’en Vedel à côté de la librairie. 

Elle aura la chance de voir naitre ses arrière-petits-enfants. Elle décède le 27 mai 1948 à Béziers à l’âge de 88 ans. A cette date, elle se trouve au 17 rue Viennet, une toute petite rue à 200m des Halles. Avait-elle à nouveau déménagé? Avec qui vivait-elle?

 
 
 

Questions ouvertes

  • Marie a-t-elle eu beaucoup de contacts avec ses grands-parents dans le Tarn ?
  • A-t-elle aussi travaillé à la librairie ?
  • Les nombreux déménagements des parents de Marie et d’elle-même après son mariage. Pourquoi autant d’adresses différentes dans une même ville?
  • A la campagne, la plupart des veuves se remarient rapidement. ici, les femmes semblent prendre une autre voie. Elles travaillent en ville et élèvent leurs enfants seules ou avec d’autres femmes de la famille. Etait-ce courant en ville?
  • Rectification du nom FERLUS à quelle occasion? (pas de mariage ou de naissance à cette date)
  • Marie était sa propre patronne aux Halles. Son commerce était-il florissant?

 

Noël François FERLUS (arrière-grand-père de ma grand-mère)

Enfance (1828 à 1841) et adolescence (1848)

Noël François nait le 22 décembre 1828 à Béziers, rue Saint Aphrodise (maison Siffre), il y a donc bientôt 189 ans. Il est le fils d’Antoine Etienne François FERLUS et de Marie-Thérèse CHAVARDÈS. Il est déclaré à la mairie par une sage-femme.

Ses grands-parents paternels sont décédés tous les deux un an auparavant. Il ne les connaitra donc pas. Il a 5 sœurs ainées âgées de 6 à 16 ans (Marie, Marie-Françoise, Rose-Françoise, Françoise « Julie » et Euphrosine) et 3 frères ainés âgés de 2 à 5 ans. (« Jean » François, Jean-Baptiste et Guillaume). Il est le petit dernier de la famille. Sa mère a 36 ans, son père 38.

En 1828, c’est Charles X qui est Roi de France. Les habitants de Béziers (au nombre de 16.500) sont plutôt opposés à la monarchie. Béziers est une ville républicaine et laïque. En 1830, c’est la monarchie de juillet et c’est Louis-Philippe qui monte sur le trône. En 1830 et 1831, la colère contre le Roi gronde et il y a des émeutes au sein de la ville.

A partir de 1830, l’instruction populaire connaît un fort développement. En 1833 nait l’enseignement primaire public. Une école doit être construite dans chaque ville de plus de 6000 habitants. A Béziers, l’ouverture des écoles s’accélère mais il semblerait que Noël François n’est pas été scolarisé alors qu’il avait 6 ans en 1834. En 1840, l’année de ses 12 ans, 64% des biterrois et 33% des biterroises sont pourtant scolarisés dans les écoles communales.

A Béziers, l’enceinte médiévale disparaît, le réseau d’eau potable se développe. Les allés sont construite, la citadelle aplanie. En 1838, la statue de Paul Riquet est érigée.  La culture de la vigne est en plein essor. Mais les maires de Béziers sont, entre 1830 et 1848, des bourgeois. Les tonneliers se mettent en grève en 1835 et les cultivateurs en 1840. Le père FERLUS est cultivateur et ramonet (employé agricole) donc la famille a dû être impactée par cette grève.

En 1830, on assiste à une pandémie de grippe, en 1831 à une épidémie de variole, l’année suivante à une épidémie de choléra. De 1835 à 39, la tuberculose est la première cause de décès.

Au cours de sa jeunesse, il assiste au mariage de la plupart de ses frères et sœurs : Marie avec Alexandre Guillaume AMIGUE (traceur de pierre) le 13 juillet 1836, il a 8 ans ; Marie-Françoise avec Antoine RASPAT le 23 août 1842, il a 14 ans ; « Julie » Françoise avec Balthazar MURATEL le 11 novembre 1845, il a 17 ans ; Jean-Baptiste avec Marie Anne Jeanne SERISSE le 9 février 1847, il a 19 ans ; Euphrosine avec Bernard Henri IMBERT (rentier) le 12 février 1848, il a 20 ans ; quelques mois plus tard Guillaume (chaudronnier, limonadier, cafetier) avec Alexandrine Françoise SINQ le 31 mai 1848.

En 1841, Marie sa sœur ainée décède à l’âge de 29 ans. Noël François en a 13.

Jeune adulte (1849 à 1868 – 40 ans)

En 1849, son dernier frère Jean, de 2 ans son ainé, se marie avec Marguerite ROME le 13 novembre 1849 puis avec Jeanne Mélanie LAFOI le 26 mai 1852. On se marie donc jeune dans cette famille. Tous les enfants sont mariés entre 22 et 28 ans, la plupart vers 24 ans. Il semblerait que les garçons ne soient pas allés faire leur service militaire …

Tout juste un an plus tard, le 7 novembre, c’est Noël François qui se marie à l’âge de 21 ans. Il semblerait donc qu’il ne soit pas appelé pour le service militaire car sinon il y serait depuis un an (et encore pour 6 ans !). Sa femme s’appelle Catherine Anne « Annotte » SALASC, également habitante de Béziers. Leur union a lieu le 7 novembre 1850 à Béziers. A son mariage, Noël François déclare être « jardinier », ce que l’on pourrait interpréter par « maraichers » de nos jours. Plus tard, on trouve la mention « marchand de fruits ». A leur mariage sont témoins : son frère Jean (François) FERLUS, plâtrier, Etienne FERLUS, son cousin germain (fils du frère de son père), chaudronnier ainsi que deux amis. Leurs parents respectifs sont présents également. Ni Noël François, ni sa femme, ni ses parents, ni sa belle-mère ne savent signer. Seuls le père SALASC, propriétaire cultivateur, signe avec les témoins et le représentant de l’Etat Civil. Alors que 66% des hommes de la classe 1846 savent lire et écrie, Noël François est analphabète. Un mois plus tard, il perd sa mère qui meurt à l’âge de 58 ans (une nouvelle épidémie de choléra gronde …).

Depuis 1848, c’est Louis-Napoléon qui gouverne la seconde République. Après le coup d’état en décembre 1851, à Béziers des milliers de personnes se rassemblent au cimetière vieux. Pendant les émeutes, 70 personnes du peuple sont tuées, des dizaines seront arrêtées dans les jours suivants. Il est fort probable que ces émeutes ont fortement impressionné Noël François. Il y a même peut-être pris part.

A Béziers, le théâtre est construit en 1844, ainsi que le pont-canal et le pont neuf. En 1857 est inauguré la gare de Béziers et en 1875 le plateau des poètes. Béziers continue à se développer.

Le 10 octobre 1851, soit 11 mois après la nuit de noces, le premier enfant de Noël François et Annotte nait. Il se nomme François dans la pure tradition familiale ! La famille habite alors au 10 Rue Neuve (maison Missiac) aujourd’hui la rue Sait Vincent de Paul, tout près des Halles. Sur l’acte de naissance, c’est le grand-père paternel François SALASC qui signe. Noël François ne signe pas. Le 30 juillet 1854 nait un deuxième fils, Etienne. L’acte de naissance est semblable à celui du premier enfant. Le 2 janvier 1861, le couple aura une fille, Julie, qui décède un mois plus tard. En 1862 meurt sa sœur ainée, en 1867 son père. Il se retrouve donc orphelin de père et de mère alors qu’il n’a que 39 ans.

En 1870 éclate la guerre contre la Prusse. Rien ne laisse penser que Noël François y participera car on ne retrouve aucun acte de conscription. Noël François ne semble pas avoir été propriétaire de son logement car on ne retrouve aucun acte d’hypothèque.

Décès

Noël François meurt le 28 juillet 1879 à l’âge de 51 ans. Il assistera au mariage de son fils ainé François avec (Sophie) Noëlle CASTEL en 1874 et même s’il a pu assister à celui d’Etienne avec Marie VIDAL en avril 1879, il ne connaitra jamais son seul petit fils (François comme la plupart des fils ainés de la famille) qui naitra en 1880. Il n’aura pas la douleur de voir mourir son fils cadet Etienne à peine 2 ans plus tard.

On lit sur son acte de décès qu’il est décédé chez lui, rue des sœurs grises où était née sa mère et où vivaient ses parents, son fils François et sa belle-fille Noëlle « Tata Noëllie ». Un des témoins est Etienne SALASC, certainement un parent par alliance.

Nos ancêtres dans la presse ancienne

Au hasard de mes recherches, voilà deux « faits-divers » que j’ai découverts et que j’ai trouvés intéressants.

1) Victor ROUX, mari de Nathalie DELCAUSSE, dans l’Express du midi du 8 novembre 1900:

 

2) Pierre COLOMBIER (1762-1846), grand-père d’un autre Pierre COLOMBIER, lui-même grand-père de Jeanne COLOMBIER épouse FERLUS, dans le bulletin des jugements du 2 vendémière de l’An III (soit septembre 1794):

 
 

 

Des familles citadines

Dès le milieu du XIXe siècle, nos ancêtres des branches FERLUS et COLOMBIER vivaient à Béziers. Trois adresses se retrouvent dans de nombreux actes.

Dès 1831: la rue des sœurs grises / rue St Félix / rue des fossés (près du boulevard d’Angleterre). On y trouve la famille SALASC. Annotte, de son vrai nom Anne Catherine épouse François Noël FERLUS, y naît et y meurt, ainsi que son mari et ses beaux-parents. En 1917, c’est François FERLUS et Tata Noëlie qui y vivent.

Dès 1849: le 4 rue d’en Vedel qui donne sur le 15 rue Française. C’est la maison de la famille MONIS. Marie-Thérèse, la femme de Pierre COLOMBIER y naît. Par la suite, la famille FERLUS/COLOMBIER occupera le logement rue d’en Vedel. Jeanne COLOMBIER veuve FERLUS achètera la librairie rue Française.

Dès 1880: le 9 de la rue du chapeau rouge. C’est la maison d’Etienne FERLUS et de sa femme Marie VIDAL. Puis de François FERLUS et de sa femme Jeanne COLOMBIER. La fratrie Anne / Jeanne / Etienne et France y naît.

Les veuves FERLUS

Quand on remonte la lignée des FERLUS, on se rend vite compte qu’il s’agissait d’une société très féminine. En effet, la plupart des hommes ne vivaient pas au-delà de 60 ans, certains mouraient même très jeunes et aucune des veuves ne s’est jamais remariée.

Tout commence avec la génération VI (en partant de moi):
VI: François Noël FERLUS est décédé à 52 ans alors que sa femme Annotte SALASC vivra jusqu’à 70 ans.

V: Son fils Etienne FERLUS décède à 26 ans alors que sa femme Marie VIDAL vivra jusqu’à 88 ans!
Annotte et Marie vivent ensemble pour élever le petit François.

VI: François lui, meurt à 38 ans, sa veuve Jeanne COLOMBIER ne meurt qu’à 87 ans.
Marie VIDAL et Jeanne COLOMBIER vivent ensemble pour élever Anne, Jeanne et Etienne.

III: Etienne décède à 58 ans, sa veuve Marie-Louise BERGER ne s’éteindra qu’à 88 ans.
Les femmes FERLUS, elles, vivent longtemps: Jeanne FERLUS épouse BERNARD meurt à 92 ans, sa sœur Anne épouse PICARD, décède à 80 ans.

Les registres matricules

Je découvre dans les registres matricules mis en ligne que mes arrières-grands-pères n’ont pas vraiment fait la guerre.

  • Urbain Germain BERNARD a été affecté au service auxiliare pour cause d’obésité!
  • François FERLUS a été dispensé car il est fils unique de veuve.
  • Pour Louis Marius BROS, le conseil de révision note « faiblesse » et « développement musculaire insuffisant ». Il a été renvoyé de mois en mois dans ses foyers entre 1914 et 1916 pour maladie puis réformé définitivement pour « bronchite chronique ».
  • Célestin DELCAUSSE était boulanger dans l’armée.

La fratrie COLOMBIER

Aujourd’hui, je change radicalement de branche. Je viens de recevoir une photo du côté COLOMBIER ainsi que la généalogie qu’avait faite Robert (père de Didier). Je vous offre donc ici cette photo qui montre la fratrie COLOMBIER.

De gauche à droite, en haut: Louis (père de Robert et grand-père de Didier), Louise, Pierre. En bas: Jeanne (mon arrière-grand-mère) et Marie (la femme de Pierre)?

Voici les renseignements que j’ai:

Louis 1884-1965 époux de FAU Jeanne 1884-1940
Louise 1873-1966 épouse de GAYRAUD Alfred 1872-1943
Pierre 1875-1956? époux de BEZOMBES Marie
Jeanne 1878-1966 épouse de FERLUS François 1880-1918